• La lettre égarée

     

     

     

     

    La lettre égarée

    La lettre perdue ou la longue attente

     

    C'est étrange, mais j’ai tellement rêvé de nos retrouvailles dans ce vieux bistro, sans jamais oser y croire un instant. Ce vieux café chaleureux où nous nous rencontrâmes tellement de fois. Qui arriverait le premier et verrait l'autre. Qui aurait le plus peur, Elle ou moi ? Que c’est terrible mais tellement émouvant et vrai ! Après tant d’années, des années perdues pour une lettre égarée, une lettre expliquant  que je ne serai pas à notre prochain rendez-vous, pour des raisons familiales. « Qu’il fallait qu’elle m’attende, que ce n’était qu’une question de jours, que je l’aimais plus que ma vie. »

     

    Depuis près d'une heure je suis assis  dans le coin le plus sombre de la pièce, regardant absent, le va-et-vient du patron servant les habitués du petit matin. Ces cheveux sont grisonnants, les années ne l'ont pas épargné. 

    Une douce tiédeur m'envahit et l'odeur du café me rappelle mon enfance. Ces petits matins où je me levais avec une certaine inquiétude devant une journée pas tout à fait ordinaire. Ces journées où l'on sent, où l'on sait qu'il va se passer quelque chose. Pour donner le change, je prends un air détaché, celui du voyageur habitué aux déplacements. Le patron, un brave homme s'approche de moi. Il ne m'a pas reconnu et c'est tant mieux.. Sa bonhomie me rassure, je lui  souris tandis qu'il me serre une tasse fumante à l'arôme du matin. Le doute, ha!  Ce fameux doute, qui m’obsède.

    Si elle ne venait pas. Non ce n'est pas possible. D'accord, la première fois où nous nous sommes rencontrés, mais c’est si loin, elle était méfiante, moi aussi d'ailleurs. Puis nous avons appris l’un et l’autre à nous connaître, nous reconnaître. Nous savions dès le début que quelque chose, un sentiment étrange bien plus fort que tout nous emportait. Nous étions jeunes alors, nos belles années étaient notre force. Notre mal de vivre, notre mal être, nous unissaient, bien plus encore ! L’amour existait. Toutes ces promesses échangées, toutes les paroles douces, tous les « je t’aime », qu’elle murmurait dans mon cou de sa voix tremblante et chaude à la fois, frappent encore à la fenêtre de mon cœur. Non, ce n’était pas du vent, pas elle, elle ne me ferait pas cela. Nous avons trop souffert de notre séparation.

    Son message était clair. « Incroyable! Je viens seulement de recevoir ta lettre  du 5 février 1970, c’est impensable et dire que j’ai douté de toi. Pourtant je n ‘ai jamais pu t’oublier, fermant mon cœur à tout. Ma vie fut triste et vide sans toi. Mais aujourd'hui, à force de recherche, j’ai retrouvé ton adresse. Je ferai tout pour te revoir, nous nous retrouverons mon amour. Reviens en ces lieux où nous nous aimions, comme si c’était notre prochain rendez-vous, viens demain matin, viens, je t’en prie. »

    Mes yeux sont las de lire et de relire encore sa lettre que je connais par cœur. Ses mots ont dansé toute la nuit dans ma tête, dans le train qui me ramenait ici.

     : «  Vous ne buvez pas votre café, il va être froid ! » 

    : «  Excusez-moi monsieur, j’étais bien loin d’ici.  » 

    : «  Je vois, vous attendez quelqu'un ? » 

    : «  Je ne sais plus. Je ne sais plus, je suis fatigué, fatigué d’attendre toute une vie. »

    : «  Allons Monsieur, ne soyez pas triste, tenez  je vous offre une tasse de café »

     Allez vieux courage ! Faut partir. T'as plus rien à faire ici. Ouvrir cette porte et filer au plus vite. Laisser le passé dans ce vieux café.

    : « Madame, vous sortez, je vous en prie après-vous, j’ai tout mon temps, ou plutôt il ne m’appartient plus, alors... »

    : « Merci Monsieur, vous êtes gentil. »

    : «  Mais vous pleurez Madame, laissez-moi vous aider !   C’est curieux, votre visage ce visage, attendez ne partez-pas, ô ! Mon Dieu mais oui c’est toi ! C’est bien toi, tu étais déjà là ! Et moi qui avais abandonné tout espoir. Alors c’est vrai, je ne rêve plus. Viens, viens mon amour, prends ma main et fuyons vers l’avenir, nous avons trop attendu. » 

     

    Roland

     

     

     

                                               

     

     

    « Lumière du matinRendez-vous »
    Blogmarks

  • Commentaires

    1
    Lorraine
    Vendredi 5 Septembre 2014 à 10:23

    Un beau récit, un  peu inattendu. Mais qui dit que l'amour survit aux années et qu'il n'est pas trop tard pour aimer encore.

     

    Lorraine

    2
    Vendredi 5 Septembre 2014 à 12:02

    un récit qui se finit bien et il n'est jamais trop tard pour s'unir

    3
    Vendredi 5 Septembre 2014 à 13:40

    Avec ta permission j'aimerais conclure par "vivons l'instant présent en construisant notre avenir", ce serait, je pense encore plus beau que fuir....

    Bises amicales

    4
    Samedi 6 Septembre 2014 à 10:45

    Bonjour Monsieur le Poète

    Ton ecrit est superbe

    Il y a plusieurs dictons qui disent

    Vaut mieux tard que jamais

      Il n'est jamais trop tard pour Aimer.

    Qu'importe le nombre d'années,

    C'est le coeur qui dirige la tête et non l'inverse.

    Bisous tout plein de la Fée

     

     

    5
    Lundi 8 Septembre 2014 à 18:54

    bonsoir mon Ami

    J'espère que tu vas bien(sinon tu sais ou il faut taper)  et merci pour ton com sur ma dernière création.

    bisous tout plein

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :